Rendez-vous avec… Rémy Gaudillier

Professeur d’histoire à la retraite, Rémy Gaudillier, de Champagnole, s’inquiète quant à l’avenir du militantisme traditionnel.

Vous vous êtes toujours passionné pour le militantisme, qu'il fût laïque ou catholique. D'où provient cet intérêt ?

Je dois probablement mon militantisme à l’influence de deux prêtres lors de mes études secondaires, convaincus avec saint Jacques que la foi sans les œuvres est stérile! Il s’agit de Charles Barrelier  et de Jean Jourdain pour qui « une messe qui ne serait qu’une cérémonie qui ne conduirait pas à changer sa vie de tous les jours serait le signe d’une incompréhension de la foi ou d’une malhonnêteté» (homélie du 11.11.1961). Quelles que soient l’origine et la forme de leur engagement, humaniste, politique, syndical, religieux, associatif, les militants, communistes compris, sont persuadés d’apporter leur pierre à la construction d’un monde plus fraternel et solidaire, et le font avec abnégation, générosité et dévouement envers les autres, parfois au détriment de leur carrière.

La figure du militant a-t-elle changé au cours de ces dernières décennies ? Par exemple, agit-il en vue du bien de la collectivité ou pour son intérêt propre, en lien avec d’autres ?

Le militant de base, écologiste, pacifiste, défenseur des droits de l’Homme… n’est pas un lobbyiste et pense que son combat est bénéfique pour la collectivité comme pour lui. Sans doute peut-on constater un essoufflement du modèle militant traditionnel, avec des engagements plus ponctuels et basés davantage sur l’émotion, en recourant volontiers aux réseaux sociaux, ce que beaucoup d’anciens rechignent à faire, de peur de renforcer le pouvoir de sociétés avides de tout contrôler.

On a le sentiment que le secteur associatif se porte moins bien qu'il y a dix ou vingt ans. Selon vous, quelles en sont les raisons ?

L’effondrement du système soviétique et des partis communistes, le ralliement des élites socio-démocrates à la doxa libérale ont laissé le champ libre au seul capitalisme financier non régulé et sans état d’âme, cultivant au maximum consumérisme et individualisme. Résultat, la part des plus pauvres dans la répartition des richesses s’effrite alors que celle d’une poignée de super riches ne cesse d’augmenter. Le nombre des esprits critiques n’a pas baissé mais celui des résignés a considérablement grandi. Le secteur associatif en souffrance a cru, à tort ou raison, qu’il fallait se regrouper en organisations de plus en plus puissantes pour peser auprès des décideurs et s’exprimer dans les médias, au risque de s’éloigner d’un fonctionnement démocratique. De plus,  la Covid, en tarissant ses sources de revenus, l’a affaibli considérablement, de sorte qu’il est par exemple impossible de dire aujourd’hui si Terre des Hommes France existera encore en juillet prochain.


 Propos recueillis par P. Compagnon

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