Changer de perspective

L’Église est appelée à sortir de ses murs, d'être une Église "en sortie". Tous les chrétiens engagés connaissent cette expression du pape François qui a frappé l'opinion ecclésiale. Elle porte en elle un souffle qui fait du bien et qui réveille. Elle peut faire naître un désir d'aller au large. Mais au-delà des effets d'annonce, a-t-on vraiment pris conscience du changement de perspective qu'elle induit. Peut-être "la conversion pastorale", une autre expression du pape François, commence-t-elle par cette sortie. En effet, avec un peu de bon sens, on se dit que l'évangélisation reste largement un vœu pieux si elle ne se concrétise pas effectivement par des actes qui dépassent les limites un peu étroites de la communauté chrétienne.

Il est indispensable pour avancer de regarder avec lucidité et réalisme la vie ecclésiale. D'une manière plus ou moins consciente, le but réel des communautés chrétiennes est surtout d'assurer les célébrations eucharistiques et sacramentelles. La catéchèse tient également une place importante. Ensuite on trouve un certain nombre de groupes, à commencer par la chorale, des groupes bibliques, de prières... Autrement dit, les paroisses, à quelques exceptions près, sont essentiellement dans une "pastorale de l'entretien" ou dans "une pastorale du guichet", c'est-à-dire elles répondent aux besoins religieux de la population (funérailles, baptême, mariage). Bien sûr, toute institution cherche à assurer sa (sur)-vie, mais risque ainsi de passer à côté de l'essentiel.

Faire comme Jésus a fait

En effet, Jésus est venu pour annoncer le règne (le royaume) de Dieu, c'est-à-dire pour proclamer la proximité de Dieu et d'en poser les signes. Il a montré dans le témoignage de sa vie que Dieu règne déjà, que la vie en plénitude est déjà accessible. Au risque d'être un peu caricatural, Jésus n'est pas venu pour fonder une institution, mais pour crier haut et fort le "déjà là" de la présence de Dieu. Il est venu annoncer l'amour inconditionnel de son Père et donner l'expérience de cette vie nouvelle dorénavant accessible. Il a posé des signes concrets du «  royaume  »  : guérir et remettre debout, pardonner, ouvrir un horizon nouveau, donner l'espérance, rappeler à la vie.  Mais il a aussi dénoncer l’hypocrisie et les injustices,  combattu le mal sous toutes ses formes.  Jésus forme autour de lui un groupe de disciples, une communauté d'hommes et de femmes qui cherchent plus ou moins maladroitement à se mettre à sa suite et à vivre selon ses indications. Ils se laissent rassembler par le Christ dans une fraternité nouvelle à visée universelle. Après sa mort et sa résurrection, ce groupe de disciples sera le noyau de l’Église qui est née dans le souffle de l'Esprit (cf. la Pentecôte).

L’Église n'est pas là pour elle-même

Cette présentation trop brève de la vie du Christ, apporte une première réponse à la question sur l'évangélisation. A vrai dire, elle nécessite que l’Église se décentre d'elle-même, car elle n'est pas son propre but. L’Église n'a pas comme mission de construire l’Église, mais de poser les signes du royaume déjà là. Elle doit tout simplement faire ce que Jésus a fait  : être signe, témoin et surtout acteur d'un chemin de vie, Elle est donc dans son essence même une communauté constamment "en sortie". Alors on comprend aussi que l'évangélisation ne concerne pas uniquement les responsables, mais l'ensemble des chrétiens. Ces affirmations ne rendent nullement l’Église inutile. Mais elle appelle une conversion, un retournement au sens strict du terme, un changement de regard, de perspective. L’Église est ceux qui se laissent rassembler par le Christ pour se mettre à sa suite, qui se laissent guider par son Esprit pour combattre le mal et pour permettre déjà l'expérience d'un salut gratuitement offert. Ensuite elle se réjouira de ceux qui la rejoindront par le baptême pour participer à sa mission de l'annonce d'une bonne nouvelle.

Aussi curieux que cela puisse paraître, le premier pas vers l'évangélisation est de détourner le regard de l’Église pour se tourner vers sa mission dans la société. Le pape François dirait que la mission est la priorité des priorités. Quelles conséquences concrètes faut-il en tirer  ? Il est certain que le "on a toujours fait comme ça" est une impasse. Dans tous les cas, évangéliser signifie une sortie de soi et nécessite de se risquer en dehors de sa zone de sécurité. Comment  ? Nous ferons quelques propositions.

 

Heinrich BLOCK

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