Saint Romain et saint Lupicin
Ces deux frères, premiers « Pères du Jura » sont assez bien connus, grâce à la remarquable Vie rédigée par un moine contemporain de saint Oyend (…)
Tandis que Romain semble trop indulgent, son frère manifeste un caractère intransigeant d’ascète et de chef.
Le premier – le seul à devenir prêtre – meurt vers 460, transporté au monastère de 105 moniales que sa sœur dirigeait à La Balme, et qui deviendra Saint-Romain de Roche ; Lupicin de même laissera son nom à la localité qui vers 480 recevra son corps.
Extrait du Propre du diocèse de Saint-Claude
Saint Romain
Fêté le 28 février
Saint Romain naît aux environs de l’an 390 près de Nantua dans l’Ain, dans une famille aristocratique Gallo-romaine. Son père souhaite le marier afin de consolider les biens de la famille mais c’est en pleine période d’invasion barbare et Saint Romain ressent rapidement qu’il est inutile de s’accrocher aux bien périssable. Après de multiples tensions avec son père, Saint Romain refuse définitivement le projet de mariage et choisit la vie religieuse laissant ainsi l’héritage à son jeune frère Lupicin.
Saint Romain se forme au monastère d’Ainay près de Lyon. Il est passioné par l’histoire des pères du désert et il fini par se lasser du mode de vie trop « facile » que lui propose Ainay. Il décide donc de partir vivre comme ermite. Il prend la route en direction de l’est vers des montagnes du Jura. Il voyage jusqu’à rejoindre la rivière de la Bienne où il trouve à cet endroit tout ce qui lui convient : Un immense sapin aux branches très fournies qui lui sert d’abri, de l’eau, une terre labourable et quelques baies pour manger le temps de pouvoir vivre de ses récoltes.
Quelques temps après son frère Lupicin le rejoint avec d’autres adeptes. Ils vivent simplement de la prière et de leur labeur. Petit à petit leur mode de vie attire d’autres hommes et leur communauté devient de plus en plus grande. Les hommes de foi construisent donc des cellules puis une église qui sera placée sous le patronage de St Pierre, St Paul et St André. Le petit ermitage de Condat grandit et devient alors un monastère avec sa règle de vie. Saint Hilaire d’Arles alors évêque de Besançon appelle Saint Romain (déjà quinquagénaire) à devenir prêtre. L’endroit gagne en renommé et les vocations affluent à tel point que les Rois Francs qui règnent sur la Bourgogne attribuent des aides à la communauté.
Lors d’un pèlerinage vers Agaune les deux frères fondent un nouveau monastère dans l’actuel canton de Vaud. Le monastère de Romainmôtier devient alors le premier monastère de la Suisse.
Lorsque leur jeune sœur Yole, aussi appelée à la vie religieuse, les rejoins. Ils se mettent en quête d’installer un nouveau monastère pour des moniales. Ils jettent leur dévolu sur une structure rocheuse dominant la vallée de la Bienne qui deviendra le monastère de la Balme. Yole deviendra l’abbesse de ce monastère.
A environ 70 ans Saint Romain sent sa mort venir, il rend alors une dernière visite à sa sœur. Cette dernière fait venir les religieux qui ont entouré le Saint homme qui les réconfortera avant de céder à son frère la supervision des monastères. Saint Romain est enterré dans le monastère de sa sœur et durant plusieurs siècles les miracles sont nombreux au tombeau du père fondateur du Jura.
Il ne reste aujourd’hui que quelques vestiges de ce monastère car en 1522 un incendie détruit l’édifice et seules quelques reliques sont sauvées. Elles sont aujourd’hui déposées dans l’église du village de Saint Romain.
Faits notoire:
Saint Romain était connu comme étant le faiseur de miracles : lors d’un pèlerinage sur le tombeau de Saint Maurice il est accordé à Saint Romain d’avoir guéri deux lépreux.
Saint Lupicin
Fêté le 21 mars
Saint Lupicin naît dans les environs de Nantua, il est le jeune frère de Saint Romain. Il devient l’héritier de la famille après que son frère aîné refuse le projet de mariage de son père. Saint Lupicin voit son grand frère partir pour la vie monastique et il accepte le projet de mariage de son père mais le Seigneur avait d’autres projets pour lui. Il perd tour à tour son père et sa promise. En pleine tourmente il a un songe : il voit son frère devenu ermite qui l’appelle à le rejoindre. Saint Lupicin reconnaît un signe du ciel. Il laisse alors l’héritage à sa mère et à sa sœur Yole et il rejoins son frère dans les montagnes du Jura près de la rivière de la Bienne.
Il est connu que les deux frères ont des caractères totalement opposés. Saint Lupicin est rude, rigoureux et même décrit comme intransigeant, son frère est tout le contraire. Saint Romain est doux, accommodant et très patient. Cette dualité a toujours été source de tension entre les deux hommes mais sous l’action de l’Esprit Saint ils s’accommodent mutuellement de leurs défauts et qualités contraires et ils parviennent à s’entendre. Ils font rayonner la joie de la vie monastique et attirent toujours plus de vocations dans le Jura.
Le premier monastère devient trop petit. La décision est prise de fonder un deuxième monastère. Saint Lupicin part à quelques lieues de Condat pour s’installer à Lauconne (actuel village de Saint Lupicin). Une osmose se met alors en place. Lorsque sous l’influence du caractère doux de Saint Romain, le relâchement devient trop établit à Condat, Saint Lupicin vient passer quelques jours pour discipliner tout cela. Et inversement lorsque la discipline de Saint Lupicin décourage les religieux de Lauconne Saint Romain vient adoucir les règles et permet de dormir plus longtemps, de manger davantage et redonne ainsi la bonne humeur aux frères éprouvés. Les deux situations servent la Gloire de Dieu.
La mort de son frère aîné dévaste Saint Lupicin. Il s’inflige de lourdes pénitences mais il renonce à les imposer à son entourage. Il prend en charge l’écrasante gestion des différents monastères créés avec son frère.
Saint Lupicin meurt dans son monastère de Lauconne où ses reliques sont conservées jusqu’à la révolution.
Fait notoire
La complémentarité des deux frères exaspère le démon, inquiet de l’œuvre sainte qui pourrait surgir de leur travail. Dès le début de l’aventure le démon s’acharne: aux tentations ordinaires, s’ajoutent des vexations diaboliques mais les deux frères se connaissent et savent cheminer malgré leur tempérament opposés. Le démon fait alors tomber une pluie de pierre sur leurs têtes. Affolés, les deux frères, d’un commun accord, quittent leur refuge pour rentrer chez eux. À la nuit tombée, ils demandent l’hospitalité d’une femme âgée et lui racontent leurs malheurs mais cette pieuse chrétienne leur reproche d’avoir si aisément cédé devant l’ennemi. Pris de honte, à l’aube, ils remontent à leur ermitage, redoublent de zèle dans la prière, se mortifient au point que le diable, vaincu, renonce à les persécuter.