Abbé Futin
Lors de la messe en hommage à l’abbé Louis Futin, Mgr Garin a cité un extrait de son livre « Une main m’a conduit » :
Âgé de 20 ans, Louis est arrêté en 1943 lorsque des soldats allemands investissent son village. Tous les habitants — hommes, femmes et enfants — sont retenus en otage pendant une journée entière. Le soir venu, tous sont libérés, sauf sept jeunes hommes, immédiatement conduits dans un village voisin, où ils passent toute la nuit, enfermés dans une salle de cinéma. Louis Futin est ensuite emprisonné à la prison de Montluc, puis transféré à Compiègne. Il raconte l’horreur des trois jours de transport dans un wagon à bestiaux, où les prisonniers étaient entassés, en route vers les camps de la mort. S’ensuit une année marquée par la déportation dans trois camps de concentration : Dora, Buchenwald et Bergen-Belsen. Après de nombreux mauvais traitements et tortures, Louis est au seuil de la mort. Laissons-lui la parole :
« Il était quatorze heures, ce 15 avril, quand la IIIe armée britannique força les portes du camp. (…) Mais malade, brisé et fatigué, je n’ai pas entendu les bruits de moteurs des chars et des autos blindées qui pénètrent dans le camp. Je suis en train de mourir dans une baraque au milieu d’autres camarades. Paisible, serein, presque heureux. Oui, heureux. Enfin, c’était fini ! Un camarade est arrivé en courant pour me prévenir, hors de lui : “Libres, nous sommes libres ! Des chars viennent de défoncer les portes du camp”. Mais, je n’avais plus la force de partager sa joie : “pour moi, c’est fini, je vais mourir (…)”. Oui, mais voilà, la joie de se savoir libre s’est peu à peu infiltrée en moi, durant toute la nuit qui a suivi la nouvelle de notre libération, et elle a fait de moi un autre homme. Douze ou dix-huit heures après, je ne sais plus, je me réveillai presque neuf, plein de vie à nouveau, au milieu de mes camarades morts. Depuis je n’ai jamais pu oublier qu’il suffit d’annoncer à quelqu’un une bonne nouvelle, aussi petite fût-elle, pour le faire renaître à la vie. C’est toujours le cœur qu’il faut soigner. Le corps finit par suivre, si le cœur chante encore un peu ».
















