L’extraordinaire du temps ordinaire
L’année liturgique est comparable à celle des saisons où s’enchainent des temps de préparation spirituelle (Avent et Carême) et des temps de fêtes (Noël et Pâques) cœurs de notre foi. Puis vient ce temps de l’« entre-deux » que l’Église appelle « ordinaire », parfois considéré dans le langage courant comme secondaire, banal, voire transitoire.
Or, dans le langage liturgique, le terme « ordinaire » renvoie vers un tout autre sens. Du latin ordo, qui signifie l’ordre, il désigne la succession des semaines qui se déploie sur deux périodes après le temps de Noël jusqu’au Carême, puis après la Pentecôte jusqu’à l’Avent. Représentant la plus grande partie de l’année liturgique, il couvre trente-trois ou trente-quatre semaines.
Le temps du recueillement et de la maturation…
Ce temps spécifique par sa durée peut alors s’avérer comme un temps de « récolte », de « recueillement ». Nous sommes invités à accueillir l’extraordinaire de Dieu dans l’ordinaire de la liturgie, en laissant descendre en nos cœurs tout ce dont les temps forts nous ont comblés.
Ainsi, après le temps pascal, c’est le temps pour apprendre à marcher au pas du ressuscité dans nos vies quotidiennes (et pour cela, pas de temps mort !)
Comme le souligne Paul de Clerck : « Si les temps forts peuvent être considérés comme ceux des semailles, le Temps ordinaire est celui de la croissance, en nos existences, des richesses semées au printemps pascal. Le temps de l’Église. »
Ce n’est donc pas un temps de pause ou un temps quelconque mais le temps de la fécondité qui, de plus, est parsemé de fêtes et solennités. En effet de la Pentecôte au temps de l’Avent se succèdent nombre de solennités : dimanche de la Sainte Trinité, dimanche du St Sacrement, le Sacré Cœur, la Transfiguration, l’Assomption de la Vierge Marie, la Toussaint pour n’en citer que quelques-unes.
Le temps de la croissance spirituelle :
Si la couleur du temps ordinaire est le vert , ce n’est pas sans rappeler que ce temps est celui de la croissance et de l’espérance de voir grandir ce qui a été semé durant les temps forts liturgiques.
Par la liturgie de la Parole, nous sommes invités à suivre le Christ dans le quotidien de sa vie publique, marchant au milieu des hommes, enseignant, guérissant pour annoncer que le Royaume est déjà là. Car, le temps ordinaire c’est aussi le « déjà là » du Royaume de Dieu où nous sommes appelés à accueillir Sa présence dans le quotidien de nos vies et dans la liturgie qui « fait passer la Pâques du Christ dans le temps des hommes » comme le souligne Jean Corbon.
Le temps de la fidélité dans la durée
Long de ses 33 ou 34 semaines, le temps ordinaire est pour notre vie spirituelle ce temps des transformations lentes et profondes opérées par la fidélité à l’écoute de la Parole de Dieu, la participation à l’eucharistie dominicale et la prière personnelle qui peu à peu nous transforment intérieurement à l’image du Christ. C’est le temps de de la lente « christification », de notre sanctification.
Ainsi, loin d’être banal, ce temps nous rappelle que la foi n’est pas seulement affaire d’émotions spirituelles fortes, mais aussi de persévérance et de fidélité ; que le Dieu trois saint que nous célébrons dimanche après dimanche est celui qui nous fait avancer de Pâques en Pâques dans le quotidien de nos vies transfigurées par le Saint Esprit.