ZAD 2026
Cet été, le groupe de la ZAD (Zone d’Adoration Déambulante) a pris la route pour la sixième année. 12 participants ont pérégriné de Poligny à Taizé. Quelques-uns ont ensuite poursuivis le chemin jusqu’à Vezelay, pour rejoindre le rassemblement proposé par les Franciscains pour les 800 ans de la mort de Saint François d’Assise.

Le rendez-vous est donné au couvent des sœurs Clarisses, nos marraines en quelques sortes, le samedi soir. La sœur Thérèse-Marie de l’Espérance se rend disponible pour nous faire un topo autour des cinq pierres de la ZAD : marche, dépouillement, fraternité, foi, rencontre, avec une finesse qui permet à chacun de se mettre en condition de cœur pour la semaine à venir. Prendre conscience que chacun de nous répond à un appel du Seigneur. Être une présence, parfois silencieuse et à l’écoute, parfois plus active, selon ce que nos hôtes et l’Esprit Saint nous inspirent. Offrir son amitié, toujours. Et elles nous laissent avec une question : « et vous, qu’est-ce que vous recevez à la ZAD, qu’est-ce que vous en attendez ? ».
Le lendemain matin, avant de partir, nous avons été bénis par les sœurs, lors d’une prière qui m’a touché au fond du cœur. De cette prière des Clarisses, nous avons été portés durant cette semaine.
Par quoi ai-je été le plus marqué lors des rencontres vécues durant la semaine ? Je dirais au moins trois choses.
Tout d’abord, par des personnes éprouvées par la vie, avec des histoires parfois très difficiles, sensibles à notre simple présence pour nous confier leurs douleurs et leurs questionnements, en toute confiance. Je pense à *** qui nous a relaté un soir, pendant plus d’une heure, sans interruption, comment elle a accompagné son mari puis son frère jusqu’au stade terminal de leur cancer. Avec cette question : « pourquoi tant de souffrances ? ». A *** qui nous a confié ses problèmes de famille, ses difficultés à pardonner ou encore à ***, blessés par les injures racistes dans leur village. Pour chacune des personnes rencontrées, nous avons essayé d’être l’humble présence, à l’écoute de la souffrance des Hommes.
Ensuite, et c’est peut-être une réponse à la question posée par Thérèse Marie, je me suis senti évangélisé par les personnes rencontrées. J’ai reçu des témoignages de vie, de résilience, qui m’ont profondément marqué et dont j’espère ne pas rester indemne. *** nous a témoigné du sens qu’elle a donné à l’accompagnement à son domicile, pendant quinze ans, de son mari atteint d’une maladie, comment cela lui donnait la paix et la joie intérieure de se donner malgré l’épreuve, toutes ces années, alors qu’à la fin de sa vie, celui-ci ne pouvait plus parler ni bouger. Dans le contexte des débats actuels sur l’euthanasie, j’ai trouvé son témoignage bouleversant. De même, *** nous a raconté comment son mari, sur son lit d’hôpital, après plusieurs semaines de souffrance, disait « j’offre, j’offre », et qu’il avait esquissé un sourire quand *** lui avait glissé que cet hôpital serait son dernier monastère. J’ai également été touché par certains accueils reçus, très spontanés et chaleureux, avant même de savoir qui nous étions : « vous voulez manger, et bien assoyez-vous, quand il y en a pour quatre il y en a pour six ! ». Je retiens aussi cette phrase de ***, à peine entré chez lui pour y déjeuner : « ici, nous habitons au fond de l’impasse, mais nous ne sommes pas dans l’impasse, nous sommes heureux », d’un bonheur simple qui ne se pose pas de questions inutiles.
Enfin, je voudrais parler de certaines situations où les gens qui nous ont accueilli ne connaissaient pas la foi, et se sont mis à notre écoute, comme s’ils découvraient un sujet dont on ne leur avait jamais parlé, profondément interpellés par notre démarche. Je pense à ***, une mère avec ces deux enfants dans la vingtaine, rencontrées dans un village bressan. Ils avaient quitté leur région pour venir s’installer ici. Leurs cartons n’étaient pas encore déballés puisqu’ils avaient déménagé la veille. Ils m’ont touché par leur gentillesse et leur intérêt pour la foi des modestes pèlerins de passage que nous étions. Aucun d’eux n’étaient familiers à ce qui touche de près ou de loin au catholicisme, et pensaient qu’ils n’existaient pas de jeunes catholiques. Ils sont venus à notre veillée de prière, preuve d’une grande ouverture, et nous ont invité à dîner. Pendant le repas, nous avons pu avoir une discussion à cœur ouvert sur la foi, les fondamentaux de la théologie chrétienne. J’ai été marqué par leur écoute active, un certain émerveillement. A la ZAD, parfois ils nous arrivent d’écouter des heures nos hôtes nous raconter leur vie. Ici, ils voulaient entendre notre témoignage.
Merci à tous ceux qui nous accompagnés tout au long de ce pèlerinage, particulièrement les religieux de notre diocèse et qui par leur prière continue de porter les intentions reçues lors des veillées d’adoration eucharistique. Merci aux paroissiens pour votre accueil chaleureux qui nous encourage dans notre chemin de foi.
Augustin