Homélie de Mgr Jordy

Pèlerinage à Notre-Dame de Mont-Roland
2 août 2013
Marie, rempart de la foi


Jdt 13, 14. 17-20
Lc 11, 27-28



Chers amis pèlerins,


Marie, rempart de notre foi. Quelle formule étonnante !
Nous invoquons aujourd’hui Marie, la Mère de Dieu, comme le rempart de notre foi.
En quoi ce terme d’origine militaire, guerrière même, peut-il éclairer notre vie chrétienne ? Comment doit-on comprendre cette formule défensive alors que le Pape François vient de rappeler aux jeunes venus en nombre aux JMJ de Rio, qu’il s’agit non pas de nous enfermer derrière nos défenses mais au contraire d’aller vers les hommes et les femmes de notre temps pour annoncer le Christ et être missionnaire.
Il me semble que la formule, le vocable « Marie, rempart pour notre foi », peut nous éclairer de trois manières, qui étaient d’ailleurs les trois notes de l’oraison du début de cette messe (*).
En effet, Marie, rempart pour notre foi, vient fortifier notre foi, vient élargir notre espérance pour nous faire vivre la charité.


1 – Marie, Mère de Jésus, est d’abord rempart pour notre foi car elle nous aide à fortifier notre foi.

En effet, nous le savons bien, le premier rôle d’un rempart est de protéger ceux qui s’y abritent. Or, il est vrai que nous avons parfois besoin de trouver des lieux, des points d’appui pour assurer notre foi. Nous le savons bien, nous vivons à une époque de l’histoire où le fait de croire, d’avoir la foi en un Dieu transcendant, révélé, ne va pas du tout de soi. Même si Dieu s’est manifesté dans l’histoire, même s’il s’est fait l’un de nous en son Fils Jésus, nous pouvons nous aussi chrétiens, par moments, être illusionnés, prendre pour essentielles des choses secondaires dans la foi et perdre de vue ce qui est central, vital. Le Pape François a d’ailleurs clairement mis en lumière aux JMJ, en s’adressant aux évêques, je le cite, les tentations qui existent de comprendre l’Eglise, la foi d’une manière partielle, partiale en idéologisant –c’est son propre mot- le message de la foi en un sens politique pour les uns, gnostique pour les autres, psychologique pour les troisièmes, pélagien ajoute-t-il, c’est-à-dire dans le sens d’un salut que nous pourrions obtenir par nous-mêmes. Or un don particulier que Dieu nous fait pour ne pas errer dans la foi, c’est Marie, celle qui non seulement a nourri le Christ vitalement mais surtout s’est nourrie du Christ c’est-à-dire de sa Parole, de la Parole de Dieu, elle la première, qu’elle gardait dans son cœur. Par Marie, dans l’Eglise nous sont même venus, vous le savez bien, deux dogmes, ce mot que nous n’aimons pas trop, c’est-à-dire deux balises essentielles qui nous empêchent justement d’oublier le cœur de la foi, qui évitent de se laisser illusionner.

Le premier repère, la première balise, le premier rempart est le dogme dit de l’Immaculée Conception qui nous rappelle que, si l’homme a été créé très bon par Dieu, il est aussi fragile, blessé en raison de ce que nous appelons le péché. Ainsi, Marie nous rappelle que nous avons besoin de salut et qu’aucun d’entre nous ne peut se sauver par lui-même, par ses œuvres, par ses capacités personnelles.

Le second repère est le dogme de l’Assomption. Il nous signifie qu’à la fin de notre vie, nous sommes appelés à bénéficier comme Marie, elle la première, de la grâce de la résurrection de Jésus ; nous sommes appelés à entrer corps et âme dans la gloire, dans la vie éternelle.

Ainsi, qu’il s’agisse du début de l’aventure humaine, l’Immaculée Conception, le salut, qu’il s’agisse de la finalité de la nature humaine et de sa vie, Marie nous éclaire et nous donne ces repères essentiels. Ces deux repères, celui de notre origine blessée, de notre avenir glorieux, nous viennent particulièrement par elle, rempart de notre foi.


2 – Mais Marie, Mère de Jésus, est aussi un rempart pour notre foi car elle nous ouvre à l’espérance.

En effet, le propre d’un rempart, vous le savez certainement, c’est d’offrir en général un point de vue élevé à partir duquel nous pouvons scruter l’horizon, voir plus loin, plus loin que le quotidien, que le contingent. Ainsi l’Ecriture dit-elle, elle-même, « Sur tes remparts, Jérusalem, j’ai placé des veilleurs. Ni de jour, ni de nuit, ils ne doivent se taire. » (Is 62, 6).

Si Marie est rempart de notre foi, elle nous invite ainsi à porter notre regard au loin, à regarder l’horizon de notre foi. Un des grands risques du monde dans lequel nous vivons est qu’il peut finir par nous fasciner par les choses contingentes. Nous sommes fascinés parfois par le progrès technique. Nous sommes fascinés, par moments, par les capacités inouïes que l’homme développe. Et d’une certaine manière, nous pourrions oublier le fait que nous ne sommes pas destinés à rester éternellement dans ce monde. Marie nous aide à regarder plus loin. Elle qui n’est qu’une créature, mais elle qui a une place particulière dans l’histoire du salut, nous précède dans la vie éternelle. Elle nous rappelle, comme le dira l’apôtre saint Paul aux Colossiens, que notre but est au ciel et non sur la terre et, qu’en attendant, nous avons à vivre en cohérence avec ce but. Marie vient donc élargir notre regard pour bâtir notre vie, nos projets de vie dans la lumière de cette éternité à laquelle nous sommes tous destinés. Elle nous invite, en nous conduisant à nous nourrir comme elle de la Parole de Dieu à sa suite, à comprendre notre vie comme un passage, comme un pèlerinage qui s’accomplira un jour dans l’éternité où, après avoir regardé l’horizon, nous verrons Dieu.


3 – Enfin si Marie est rempart pour notre foi, si elle nous donne d’élargir notre regard pour avoir un regard d’espérance, elle nous donne enfin d’élargir notre cœur dans la charité.

En effet, un rempart n’est pas seulement un appui, une protection ; il n’est pas seulement un lieu élevé pour voir plus loin. Aujourd’hui un rempart, dans notre monde où heureusement dans la plupart des lieux la guerre a disparu, un rempart est dans nos cités un lieu de rencontre, un lieu de déambulation. Pensons aujourd’hui à ce rempart qu’est la grande muraille de Chine où des hommes et des femmes de tous lieux, de tous horizons, viennent tout simplement pour découvrir les merveilles et les splendeurs de cette construction. Oui, les remparts sont aujourd’hui dans de nombreuses cités des lieux où les populations se rencontrent, échangent.

Et Marie nous invite, elle-aussi, elle le rempart de notre foi, à élargir le cœur qui est le notre dans la rencontre des autres et ainsi à vivre toujours plus profondément de la charité. Cette charité, elle l’a vécue, elle, la première, en se mettant en route en hâte alors qu’elle a appris que sa cousine Elisabeth était enceinte. Or, Marie peut avoir un cœur large, aimant, parce qu’elle ne se regarde pas, parce qu’elle n’est pas habitée par un amour narcissique ou nombriliste comme cela peut parfois arriver.

Nous le savons bien aujourd’hui, nombreux sont ceux qui en font le constat, le drame de tant d’hommes et de femmes dans notre société c’est qu’ils pensent que l’amour se réduit au fait de ressentir des choses, au fait d’avoir de l’affection, d’éprouver des sentiments, des émotions. Le risque alors en identifiant l’amour à des émotions, à des sentiments, à ce que nous en ressentons, c’est de chercher ces émotions sans arrêt, voire en les provoquant. Le risque surtout c’est de penser que l’on aime tant que l’on ressent des choses, mais que l’on n’aime plus quand on n’a plus d’émotion ou de sentiment, en tout cas de manière telle à nous émouvoir. Or Jésus nous l’a enseigné, l’amour n’est pas d’abord dans ce que nous ressentons de lui, l’amour n’est pas dans les grands sentiments, l’amour n’est pas dans les grandes émotions. L’amour n’est pas d’abord affectif, il est d’abord effectif, c’est-à-dire que le cœur de l’amour est dans les actes, c’est-à-dire dans le don de soi concret aux autres, même par moments quand nous ne ressentons aucune émotion au aucun sentiment qui viendrait, je dirais, nous donner quelque satisfaction. Toutes les mères qui sont ici présentes le savent : quand on se lève en pleine nuit pour s’occuper d’un enfant qui est dans les pleurs ou dans la crainte, on ne ressent certainement aucun mouvement affectif qui nous plairait et nous donnerait le goût d’y rester, mais on est dans un amour effectif car l’appel de l’enfant qui a peur, l’appel de l’enfant qui pleure nous oblige à aimer en actes concrets et à venir en rempart, en mère qui vient protéger son enfant.

Oui, l’amour ne se contente pas de mots même s’ils sont doux, l’amour ne se contente pas de sentiments même s’ils sont profonds. L’amour se reconnaît à des actes par lesquels on préfère l’autre à soi-même, des actes par lesquels nous nous dépassons pour aimer par Jésus, avec Jésus et en Jésus. C’est bien pourquoi Jésus peut nous inviter, avec une audace inouïe, à aimer jusqu’à nos propres ennemis, à prier pour ceux qui nous persécutent.


Chers amis, frères et sœurs, aujourd’hui, ici à Mont-Roland, Marie se présente comme le rempart de notre foi. Elle vient la fortifier, elle vient élargir l’horizon de notre espérance, elle élargit notre cœur pour que nous puissions aimer d’un amour toujours plus authentique, d’un amour toujours plus vrai. Qu’elle intercède donc pour nous afin que nous grandissions ainsi à sa suite. C’est de cette manière que nous porterons du fruit dans nos villages, dans nos familles, dans nos quartiers, et que nous porterons le Christ à ceux qui l’attendent. Oui, Marie nous éduque, Marie nous conduit, Marie fait de nous pour son Fils, les missionnaires de l’Evangile. Soyons donc ces témoins dont le monde a besoin.

Amen.

+ Vincent Jordy
Evêque de Saint-Claude



(*) Dieu éternel et tout –puissant,
tu as donné la Vierge Marie, mère de ton Fils,
pour protection à tous ceux qui t’invoquent ;
accorde-nous, par son intercession,
de demeurer forts dans la foi,
fermes dans l’espérance,
persévérants dans la charité.
Par Jésus-Christ.

   

   

   
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