Avril 2020


Les recensions du mois d'avril

 

Les vérités cachées de la guerre d’Algérie
Jean Sévillia
Fayard, 2018, 415 pages

La guerre d’Algérie demeure vive dans la mémoire nationale. On a beau en distinguer les conséquences principales, la première étant évidemment l’indépendance de l’Algérie, bien des détails peuvent échapper, de même que le déroulement chronologique.  Comment ne pas louer un livre éclairant à ce point les rivalités existant parmi les divers mouvements indépendantistes, les velléités putchistes des partisans de l’Algérie française, le froid réalisme du général de Gaulle devenu entre-temps chef de l’Etat (1958) et ainsi de suite ? Sous la plume de Jean Sévillia, tout paraît limpide. Pour l’histoire commune de la France et de l’Algérie, ce sont bien sûr les derniers chapitres qui comptent le plus car les conclusions de la guerre continuent d’influencer les relations bilatérales. Malgré les drames, la France s’est délestée d’un boulet qui risquait de lui faire rater l’entrée dans le formidable essor économique des Trente Glorieuses. En Algérie, l’amère réalité a triomphé des idéaux indépendantistes. Une caste, adossée sur l’armée, s’est emparée du pouvoir pour ne plus le lâcher. Comme l’écrit l’auteur, lorsque Ben Bella et Boumediene prennent le pouvoir, ils signent la défaite des civils : « C’est du clan d’Oudja, clan politico-militaire, que sera désormais issu le pouvoir en Algérie » (p. 343). L’Algérie n’en est hélas pas encore sortie.


 

Le Moyen-Orient pendant la Seconde Guerre mondiale
Christian Destremau
Tempus, 2015, 626 pages



Comparé à la lutte colossale qui se déroulait à l’Est, le théâtre méditerranéen a pesé peu de poids dans le déroulement du conflit. Reprenant une partie des efforts déjà réalisés durant la Première guerre pour appeler les masses musulmanes au djihad contre les puissances coloniales, politiciens, militaires et espions allemands tentèrent de rallier les musulmans à leur cause. Cette politique de gribouille, qui n’avait pas les moyens de ses ambitions, échoua au final, ralliant peu de monde si ce n’est des figures controversées comme le mufti de Jérusalem, lequel fit cause commune avec le nazisme en haine des juifs. Prudents, les dirigeants arabes, sentant le vent tourné, tournèrent leur regard vers les Anglo-Saxons, les Américains en premier lieu. L’impact de ce choix continue à avoir une importance au plan géostratégique, l’accord de 1945 entre Roosevelt et le roi Ibn Saoud ayant orienté pour plusieurs décennies le flux de l’or noir. C’est ce jeu complexe qu’analyse C. Destremeau, tâchant de rendre simple un Orient décidément bien compliqué.


 

Histoire du suicide
Georges Minois
Fayard, 1995, 421 pages



Portant comme sous-titre « La société occidentale face à la mort volontaire », Georges Minois nous entraîne dans une de ces synthèses dont il a le secret. L’historien confirme encore une fois une capacité d’érudition hors norme […] Longtemps le suicide a été surnommé le « mal anglais » car on pensait qu’il y avait davantage de suicides en Grande-Bretagne que sur le continent. En fait, la presse en parlait davantage que dans les autres pays. L’ouvrage atteste de façon indéniable que le suicide n’est pas une « mode » contemporaine et que nulle période n’en a été épargnée. Il s’est simplement trouvé qu’au cours du temps on en parlait plus, généralement pour le condamner. Ainsi l’Occident est-il passé de la question posée dès la Renaissance – être ou ne pas être – à un XVIII° qui a ouvert le débat. Longtemps s’ôter la vie était considéré comme une marque de folie ou de possession. Il s’agissait « d’une question inconvenante, incongrue, choquante. » (p. 370) Peu à peu s’est inscrite l’idée que le désespoir qui conduisait au suicide s’inscrivait dans « une démarche rationnelle, humainement explicable » (p. 333). 


 

Augusto Pinochet
Michel Faure
Perrin, 2020, 380 pages



Avec une rigueur et une honnêteté qui l’honorent, Michel Faure raconte la vie ordinaire d’un type ordinaire, un militaire besogneux mais suffisamment madré pour accéder à la tête de l’armée gouverner d’une main de fer le Chili de 1973 à 1990. Ce que l’on savait moins, c’est que Pinochet n’est pas à l’origine du coup d’Etat qui a conduit à l’assassinat d’Allende et à sa prise du pouvoir ; il n’a fait que prendre le train en route […] Comme le définit l’auteur, le « pinochétisme » est un mélange de dictature (2 328 disparus, 38 254 personnes détenues arbitrairement et à peu près 200 000 poussées à l’exil) et de libéralisme économique. Curieusement, Pinochet ne faisait pas de l’autoritarisme un absolu, il disait croire en la démocratie, mais une démocratie selon son désir, détestant le pluralisme et donnant libre cours aux joies du marché. Le plus curieux dans cette histoire c’est qu’au final Pinochet n’a pas été l’homme qu’il prétendait être. Derrière l’image du parfait mari, chef d’une famille modèle on n’a pas tardé à découvrir un prévaricateur opportuniste, perméable à la corruption, ne dédaignant pas le « secours » de femmes de petite vertu. L’indéniable réussite économique des années Pinochet ne suffit pas, selon M. Faure, à grandir un personnage d’une grande médiocrité.

 

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