Se tenir debout

Attitudes corporelles dans la liturgie

L’Homme est corps, esprit et âme et c’est dans cette triple dimension qu’il vit, qu’il entre en relation avec son semblable, qu’il pose des actes qui le font grandir et lui permettent de s’insérer dans son environnement.

Pour des relations apaisées, une vie en société respectueuse des autres, il y a des « règles » à connaître, et c’est pour cela que l’on « apprend » la politesse : la salutation, le respect des personnes et des biens, les remerciements et bien d’autres détails de savoir-vivre … L’observation de ces règles met en interaction, le corps et le mental (esprit) et la conscience (âme).

C’est donc aussi avec ses trois composantes que l’homme se met en relation avec Dieu, qu’il accueille la relation que Dieu lui offre.

« L’œuvre de salut accomplie par le Christ, … continuée par l’Eglise, se réalise dans la liturgie, … l’exercice de la fonction sacerdotale de Jésus-Christ … dans lequel la sanctification de l’homme est signifiée par des signes sensibles et réalisée d’une manière propre à chacun d’eux…

La Mère Église désire beaucoup que tous les fidèles soient amenés à cette participation pleine, consciente et active aux célébrations liturgiques … » par « les acclamations du peuple, les réponses, le chant des psaumes, les antiennes, les cantiques et aussi les actions ou gestes et les attitudes corporelles … Par conséquent, toute célébration liturgique, en tant qu’œuvre du Christ prêtre et de son Corps qui est l’Église, est l’action sacrée par excellence ». (Constitution sur la Sainte Liturgie Sacrosanctum Concilium – 1963)

Debout !

Quelle victoire pour le bébé qui progresse vers l’autonomie ! Lorsque l’enfant quitte le giron de sa mère, il acquiert une certaine indépendance, il prend conscience de ce qu’il peut faire tout seul. Malgré les chutes, il se relève, se tient debout.

« Aussitôt que la conscience commence à s’éveiller, l’enfant rompt le lien animal qui l’attache au sol, il se tient droit et libre. Se tenir droit est un effet de la volonté… la station droite exprime déjà une signification spirituelle. Le fait de se lever sur le sol, étant lié à la volonté, dépend de l’esprit et indique la liberté » explique HEGEL, philosophe allemand du XVIII° siècle.

Être debout permet donc l’autonomie et c’est le point de départ pour la marche, pour l’indépendance.

C’est aussi une marque de respect de l’autre, du vis-à-vis : les élèves se lèvent lorsque le professeur entre dans la classe, les prévenus et l’assemblée se lèvent lorsque les magistrats sont annoncés dans la salle d’audience ; nous nous levons quand le prêtre entre dans l’église pour célébrer.

Mais se tenir debout participe aussi au respect de soi-même. « Le sentiment de dignité se joue, en effet, dans l’échange des regards ... Il y a des regards qui tuent et d’autres qui font vivre. Il y a des attitudes qui rendent ridicules, qui font perdre la face, et d’autres qui ennoblissent, qui permettent de tenir debout … » (cours sur la dignité de la personne – faculté de médecine P et M Curie).

Jésus remet debout les malades qu’il guérit, il les restaure dans leur santé et dans leur dignité : A la belle-mère de Pierre, au paralytique de la piscine de Jérusalem, il dit « Lève-toi ! ». Et Pierre à l’exemple de Jésus, fera le même acte de foi (Actes 10, 34 & 40).

Être debout est une attitude qui ouvre à l’engagement. Souvenons-nous de cette photo de l’homme debout, posant un acte de résistance non-violente face aux chars chinois, place Tian’an-men en 1989 : « Ma ville est en chaos à cause de vous, faites demi-tour et arrêtez de tuer mon peuple » seraient les paroles qu’on lui prête. Mais n’est-ce pas aussi se rendre vulnérable ?

Être debout permet l’écoute attentive et la vigilance (Luc 21, 36) ; la personne debout peut réagir face à une situation extérieure, positive ou négative, être prête pour une urgence. Lorsque les Hébreux quittent l’Egypte (Exode 12, 11), Dieu demande à Moïse que le peuple « mange ainsi, la ceinture aux reins, les sandales aux pieds et le bâton à la main, …à la hâte… » ; ces conditions ne laissent pas vraiment supposer une position assise devant la table …

Se tenir debout pour prier est l’habitude dans le peuple de Dieu.  Jésus le mentionne dans l’Evangile de Marc (11, 25) « quand vous priez debout… » et dans l’Evangile de Luc (18, 11) dans la parabole du pharisien et du publicain « le pharisien debout, priait ainsi… ».

La prière debout convient à la louange, reconnaissance de l’amour de Dieu, mais aussi permet la disponibilité de tout l’être.

La voix du Seigneur demande à Ezéchiel de se tenir debout pour recevoir sa mission : « A cette vue, je tombai sur ma face, et j'entendis la voix de quelqu'un qui parlait. Il me dit : "Fils de l'homme, tiens-toi sur tes pieds, et je te parlerai." Et comme il me parlait, l'Esprit entra en moi et me fit tenir sur mes pieds, et j'entendis celui qui me parlait. Il me dit : "Fils de l'homme, je t'envoie vers les enfants d'Israël, vers les peuples rebelles qui se sont révoltés contre moi » (Ez 2, 1-3).

Et il en est ainsi pour d’autres prophètes : Jérémie (15, 19), Daniel (8, 18).

Dignité, respect, prière, louange, disponibilité, attention, vigilance, engagement, … nous aident à intérioriser davantage cette position debout, lorsque, nous écoutons l’Evangile, nous professons notre foi « Je CROIS en DIEU, PÈRE, FILS et ESPRIT SAINT… ».

« Près de la Croix, se tenait debout Marie … » (Jean 19, 25)


Geneviève Pouillard

 

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