Mont-Roland au fil des siècles

Destruction et reconstruction


En regardant le bel édifice gothique qui se dresse sur le Mont-Roland, le visiteur n’a pas à se demander si ce monument remonte aux origines du pèlerinage. Visiblement, cette église paraît relativement récente. Il est clair que ni saint Martin, ni même Roland n’y ont jamais pénétré.

Nous savons, en effet, que Mont-Roland a été maintes fois détruit et restauré au cours des siècles. Les invasions, les guerres, les révolutions ont inscrit leur histoire dans ce haut lieu. Nous essaierons, dans ces lignes, d’en faire un bilan sommaire.

Le premier sanctuaire qui a été bâti sur le Mont est attribué à saint Martin. C’est une tradition très ancienne, qui n’a rien d’invraisemblable. Aussi loin qu’on puisse remonter dans le passé, on a toujours vu, à Mont-Roland, un autel dit « de saint Martin » autel qui aurait été consacré par le saint évêque, apôtre des campagnes gauloises.
Le sanctuaire qui abritait l’autel devait être une construction très modeste, qu’il nous est difficile d’imaginer. Quoi qu’il en soit, cette chapelle primitive dut être détruite par les Normands qui ravagèrent la région au IXe siècle et ruinèrent le prieuré de Saint-Vivant, non loin de Dole, vers 886.

Il fallait reconstruire. Gollut attribue cette restauration à la reine Berthe, femme de Rodolphe II, roi de Bourgogne ; mais les preuves documentaires font défaut. Ce qui semble plus certain, c’est que l’autel de saint Martin n’avait pas été détruit. La nouvelle chapelle était sans doute un édifice de petites dimensions, avec des murs de pierre et un plafond en bois, non voûté. C’est peut-être à ce moment-là que les Bénédictins s’installèrent à Mont-Roland et y apportèrent le culte de la Vierge.
Au XIVe siècle, d’autres dévastations eurent lieu. Entre 1362 et 1365, les Grandes Compagnies rançonnèrent la région : les prieurés de Jouhe et de Mont-Roland furent incendiés. Les moines s’étaient réfugiés à Dole.

Cependant tout n’avait pas été détruit. Il semble néanmoins qu’à la fin du XIVe siècle l’église menaçait ruine. Les Bénédictins entreprirent sa réfection, et en particulier la reconstruction du chœur. Ce travail important fut mené à bien par le prieur Jean de Coigney, en 1439. On avait conservé ce qui subsistait de l’ancienne église. Le nouveau chœur était plus élevé que le reste et voûté ; il renfermait l’Image miraculeuse de la Vierge et l’autel de Saint Martin. On voyait aussi la statue de Roland dans un collatéral. C’était un ensemble assez disparate, portant les traces des divers agrandissements et reconstructions.

Mais voici venir le XVIIe siècle et la terrible Guerre de Dix Ans. Les Suédois et les Français assiègent Dole (1636). La soldatesque s’est établie sur le Mont-Roland. Par deux fois, le feu est mis aux bâtiments : les autels sont renversés, les images et les ex-voto brûlés. Les Bénédictins avaient dû s’enfuir. Ils revinrent après la tourmente, en 1644, et relevèrent comme ils purent le monastère et l’église. La statue de la Vierge, emmenée à Auxonne par les Français, ne reprit sa place dans l’église qu’en 1649.

Mais les ravages avaient été grands. Il fallait, une fois de plus, reconstruire et même agrandir le sanctuaire. Ce fut un gros travail, exécuté sur les plans de dom Duchêne, bénédictin. La première pierre fut posée en 1717 et l’édifice achevé en 1719. C’était une grande église, avec trois nefs élevées et voûtées, soutenues par des piliers en pierre de Sampans. Le chœur de Jean de Coigney avait été conservé, en partie. On y voyait toujours l’autel de saint Martin, l’Image miraculeuse et la statue de Roland. En 1722, on construisit un clocher.

Et puis, de nouvelles épreuves vont s’abattre sur le Mont-Roland. Ce que les Normands et les Suédois n’avaient fait qu’incomplètement, la Révolution va le réussir. En 1792, les Bénédictins sont chassés de Mont-Roland. Les édifices sont vendus aux enchères, les pierres exploitées et emmenées ailleurs. Il ne subsiste que quelques pans de murs, un morceau de clocher et une partie du prieuré. La statue de la Sainte Vierge avait trouvé sa place dans l’église de Jouhe.


Un demi-siècle passa. Et une fois de plus, l’idée d’une reconstruction va faire son chemin. En 1843, les Jésuites de Dole se rendent acquéreurs du terrain, ouvrent une souscription. Le 24 juin 1851 est posée la première pierre du nouvel édifice. Il sera terminé et consacré le 2 août 1859. Le clocher ne sera édifié qu’en 1870. C’est l’église de Mont-Roland telle que nous la voyons actuellement, œuvre de l’architecte bisontin Alfred Ducat.

Pour être complet, il faudrait ajouter les événements de 1880 et 1910 où Mont-Roland faillit disparaître une fois de plus. A nouveau, l’église et les bâtiments furent mis aux enchères. Mais, encore une fois, la charité vint au secours de Mont-Roland : tout fut racheté à grands frais par d’insignes bienfaiteurs, et le sanctuaire demeura intact.
Mais l’histoire ne s’arrête pas. De nos jours, Mont-Roland connaît un regain d’activités entraînant d’importants travaux d’agrandissement et de modernisation des édifices entourant l’église. En 1962, la maison des Pères fut aménagée d’une façon plus vaste et plus confortable. En 1967, on construisit sous un bâtiment, la chapelle Sainte-Colette. Enfin en 1970, une maison importante a été élevée non loin du sanctuaire, destinée au retraitants et congressistes.
Mont-Roland s’agrandit et s’étend. C’est un signe réconfortant, preuve que ce lieu béni n’a pas cessé d’attirer les pèlerins et les fidèles, et que la Sainte Vierge y prodigue toujours ses bienfaits sur ceux qui l’invoquent.

H.G.
La Voix de Mont-Roland, n°37, janvier, février, mars 1971

   

   

   
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