Que serait Mont-Roland sans son clocher inauguré en 1870 ?

Que serait Mont-Roland sans son clocher , dominant, avec sa flèche aiguë de 50 mètres, la colline doloise et signalant au loin la présence du sanctuaire marial ?
Or, c’est en 1870 seulement que ce clocher fut inauguré. On se souvient que l’ancienne église, édifiée par les Bénédictins avait été détruite au cours de la Révolution, puis reconstruite par les Jésuites à partir de 1843. Le 2 août 1859, Mgr Fillion, évêque de Saint-Claude, avait consacré la nouvelle chapelle de Mont-Roland : mais il restait à élever un clocher.



Il fallut encore dix ans pour y parvenir, car le projet était grand et les ressources très modestes ; et c’est le 12 juillet 1870 que, tout étant terminé Mgr de Charbonnel, évêque missionnaire, procéda au baptême des cloches.
Elles était quatre sœurs : Bernardine, Marie-Joseph, Joseph-Marie et Maria, sorties des ateliers de Paccard , à Annecy. Les donateurs étaient le comte Bernard de Menthon, Madame Ménans, Mademoiselle de Jouffroy-Consans et Mademoiselle Marie Grusse.



   

   

Arrivant sur le mont à bride abattue, un cavalier apportait une dépêche au baron d’Haranguier. C’était l’ordre de se tenir prêt au départ : la guerre avec la Prusse était imminente. On devine l’effet que produisit cette nouvelle parmi les assistants. La fête, commencée dans la joie, finissait tristement.

La cérémonie avait été préparée avec soin. Les quatre cloches étaient alignées dans la cour ornées de robes blanches et de fleurs. Les parrains et marraines se tenaient auprès d’elles. Devant l’église, des canons étaient alignés, servis par des artilleurs de Dole, sous le commandement du baron d’Haranguier de Quincerot. Dès le matin, des salves avaient annoncé la solennité à toute la région. Une foule énorme y assistait. Le temps était splendide.

Le baptême des cloches eut lieu l’après-midi, après la bénédiction du Saint-Sacrement. La cérémonie allait se terminer. Les cloches avaient déjà fait entendre des sons joyeux, lorsque l’ambiance changea brusquement.

Le 15 juillet, en effet la France déclarait la guerre à la Prusse. On sait quelle période de malheurs s’ouvrait alors pour notre pays. A Mont-Roland, les jours qui suivirent le baptême des cloches furent assez calmes, et le pèlerinage du 2 août put se dérouler comme d’habitude, avec une assistance considérable.

Mais bientôt, des nouvelles inquiétantes se succédaient. Le 1er septembre c’était Sedan : le 2, la capitulation de l’empereur ; le 4, la république était proclamée. Les Allemands envahissaient la France, Paris se voyait investi dès le 17, Strasbourg se rendait le 28 ; Metz, un mois plus tard.
Ces événement allaient retentit à Mont-Roland d’une façon inattendue. Un personnage inquiétant va entrer en scène : Guiseppe Garibaldi. Le 12 octobre, il arrive à Dole, pour défendre la Franche-Comté contre les Prussiens. Il commande une « légion » de 12.000 hommes. « Là-dessus, écrit un contemporain, le nombre des combattants sérieux peut être estimé à 2.000 ou 3.000. Le reste se compose de soldats d’opéra-comique, portant des costumes aux couleurs éclatantes, couverts de boutons, de galons, d’étoiles, de torsades en or ou en argent fin. Il n’y a pas moins de 200 colonels. »

Ne trouvant pas d’Allemands à Dole, le « condottiere » va s’en prendre aux Jésuites, qu’il déteste particulièrement. Le 23 octobre il donne l’ordre aux habitants du sanctuaire, par un de ses colonels de s’éloigner et de gagner Lyon, la Savoie ou la Suisse. La même mesure est notifiée aux Pères du Collège de Dole. Mais ce n’est pas encore assez. Le lendemain, le P. Huguet, gardien de Mont-Roland, est inculpé de « haute-trahison ». Il aurait installé dans le clocher un système de signaux pour communiquer avec les Prussiens et les avertir des mouvements des troupes garibaldiennes !... Ce vénérable père est emmené à dole sous bonne escorte, ainsi que deux frères coadjuteurs.

Pendant ce temps, un bataillon de garibaldiens, occupaient les locaux de Mont-Roland et s’y conduisaient d’une façon indigne. Ils s’installèrent dans l’église comme dans une caserne : l’autel fut brisé, la pierre sacrée enlevée, les reliques des saints jetées au vent. La maison des Pères fut également saccagée et les papiers livrés au feu, notamment le précieux journal où le P. Huguet relatait les faits intéressant le pèlerinage.
Cette situation devait durer pendant plus d’un mois. Ce n’est que dans le courant de novembre que les garibaldiens quittèrent Dole. Les Jésuites, qui s’étaient cachés dans les environs, purent regagner, prudemment, le collège et le sanctuaire.
Lentement, Mont-Roland allait retrouver son calme et réparer ses dégâts. Le 29 mai 1871, la guerre étant terminée, Mgr Nogret, évêque de Saint-Claude, vint à Mont-Roland pour y procéder à une cérémonie de purification et consacrer de nouveau l’autel profané. Par bonheur, la statue de la Vierge était demeurée intacte. On dit « quelle se gardait elle-même ».
Telle fut « l’année terrible » à Mont-Roland. Incident mineur parmi ceux qui accablèrent la France en cette triste période ; mais pour les Pères et les amis du sanctuaire, l’alerte avait été chaude. Ils ne devaient pas être près de l’oublier.

H. GAUTHEY.
La Voix de Mont-Roland n° 35, juillet, août, septembre 1970

   
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