Prier à genoux

Les Anciens plaçaient dans les genoux le principe de la vie et de la force ; dans l’Iliade, Achille signifie qu’il est encore en possession de son énergie vitale : « Tant qu’un souffle résidera dans mon sein et que mes genoux auront du mouvement… » ; faire plier les genoux de quelqu’un c’était le dominer, le terrasser par la force, et même le tuer !

Se mettre à genoux devant quelqu’un, ne plus être face à face, ne plus soutenir son regard, est un acte de soumission, d’humilité : « … le troisième officier monta, mais en arrivant, il fléchit les genoux devant Elie et le supplia en disant « Homme de Dieu, que ma vie soit précieuse à tes yeux ! ... L’ange du Seigneur parla à Elie : Descends avec lui, ne crains rien de sa part ! » (2Rois 1, 13-15).

L’adulte qui veut se mettre à hauteur d’enfant, le samaritain ou le secouriste qui panse les plaies du blessé tombé à terre, le bénévole en maraude qui vient porter un bol de soupe à la personne sans domicile fixe allongée sur le trottoir … se mettent à genoux par commodité bien sûr, mais aussi pour ne pas être en position dominante qui pourrait paraître méprisante.

Cette attitude exprime aussi la supplication dans la demande d’une faveur ou du pardon. Dans sa prière d’humiliation, le « scribe Esdras, expert dans la loi de Moïse donnée par le Seigneur », accablé, le vêtement déchiré, tombe à genoux « Mon Dieu, j’ai trop de honte et de confusion pour lever ma face vers toi, mon Dieu, car nos fautes sont multiples au-dessus de nos têtes et notre offense a grandi jusqu’aux cieux … » (Esdras 9, 5-6).

Et le lépreux (Marc 1, 40) lui aussi supplie Jésus et tombe à genoux « si tu le veux, tu peux me purifier ».

Lorsque nous nous mettons à genoux pour prier, nous le faisons en signe d’adoration, de respect.

Voilà ce que disait en 2012, lors d’une catéchèse, le Pape émérite Benoît XVI en commentant un passage de la lettre de St Paul aux Philippiens :

« Notre prière est faite de silences et de mots, de chants et de gestes qui font participer la personne tout entière : de la bouche à l’esprit, du cœur au corps entier.

C’est une caractéristique que nous retrouvons dans la prière juive, en particulier dans les Psaumes. Je voudrais aujourd’hui parler de l’un des chants ou hymnes les plus anciens de la tradition chrétienne, que saint Paul nous présente dans ce qui est, d’une certaine manière, son testament spirituel : la Lettre aux Philippiens. En effet, il s’agit d’une Lettre que l’Apôtre dicte alors qu’il est en prison, peut-être à Rome. Il sent sa mort prochaine, car il affirme que sa vie sera offerte en sacrifice …

L’hymne de la Lettre aux Philippiens nous offre ici deux indications importantes pour notre prière. La première est l’invocation « Seigneur » adressée à Jésus Christ, assis à la droite du Père : il est l’unique Seigneur de notre vie … La deuxième indication est la prostration, « tous les genoux se plient » sur la terre comme aux cieux, ce qui rappelle une expression du Prophète Isaïe, où il indique l’adoration que toutes les créatures doivent à Dieu (Is 45, 23). La génuflexion devant le Très Saint Sacrement, ou le fait de se mettre à genoux dans la prière, expriment justement l’attitude d’adoration devant Dieu, également avec le corps. D’où l’importance d’accomplir ce geste non par habitude et en hâte, mais avec une profonde conscience. Lorsque nous nous agenouillons devant le Seigneur, nous confessons notre foi en Lui, nous reconnaissons qu’il est l’unique Seigneur de notre vie ».

Le prophète Daniel, condamné à tort par les ministres du roi Darius « trois fois par jour se met à genoux, prie et loue le Seigneur » mettant toute sa confiance en Lui (Daniel 6, 11).

Dans l’Evangile de Luc, Jésus lui-même au Jardin des Oliviers, s’éloigne de ses disciples, se met à genoux et prie « Père, si tu veux écarter de moi cette coupe … » (Luc 22, 41).

Dans les Actes des Apôtres (7, 59-60) Étienne durant sa lapidation « prononça cette invocation : « Seigneur reçoit mon esprit ! », puis il fléchit les genoux et lança un grand cri : « Seigneur ne leur compte pas ce péché » et sur ces mots il mourut ».

Cette position permet la disponibilité à l’écoute de Dieu, l’intériorisation, l’abandon.

Pour saint Basile, se mettre à genoux, « c’est montrer que le péché nous a jetés à terre » (Basile, Traité du Saint-Esprit 27). S’agenouiller est une attitude pénitentielle et c’est ainsi que nous recevons le sacrement de Réconciliation.

Geneviève Pouillard

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