Faut-il baptiser les petits enfants ?

Faut-il baptiser les petits enfants ?

 

     Une question revient régulièrement dans les échanges sur le baptême. Ne faudrait-il pas retarder le baptême jusqu’à ce que le jeune puisse décider par lui-même de le recevoir ? Ainsi, certains parents ne veulent pas imposer le baptême et donc leurs convictions religieuses à l’enfant. "Il choisira plus tard".

     D’autres s’interrogent sur le baptême d’un bébé qui est totalement inconscient de ce qui lui arrive. La foi n’implique-t-elle pas une conversion et une adhésion personnelle au Christ ? Fait-il sens de baptiser un être humain totalement passif et incapable de répondre à un appel qui lui est adressé ?

     Ces questions méritent une réponse, parce que la pratique du baptême des petits enfants constitue une exception à la règle qui veut que tout sacrement soit reçu avec une foi libre et consciente.

     Tout d’abord, des textes du Nouveau Testament parlent de "baptême des maisons". L’apôtre Paul raconte qu’il a baptisé la famille de Stéphanas (cf. 1 Corinthiens 1,16). Le gardien de prison de Philippes « reçut le baptême, lui et tous les siens (Actes des Apôtres 16,33). Aucun membre de la maison (parents, enfants, serviteurs) ne semble exclu du baptême. Le chef de famille prend une décision qui engage tous les siens et qui s’inscrit dans la solidarité familiale. Il y a donc une présomption forte en faveur du baptême des petits enfants à l’occasion de la conversion de ses parents.

     Pour les enfants naissant dans un foyer chrétien les attestations dans le Nouveau Testament sont plus douteuses, mais les textes postérieurs vont bien dans ce sens. Un texte du début du 3ème siècle, la "Tradition apostolique", parle du baptême des enfants d’une manière très claire : "On baptisera en premier lieu les enfants. Tous ceux qui peuvent parler pour eux-mêmes parleront".

     La tradition constante de l'Eglise admet donc au baptême les enfants en deçà du seuil de leur conscience. Cependant la chose ne va pas sans problème. Tertullien mort (vers 220) est le premier à critiquer cette pratique. Il pense qu’il est préférable de différer le baptême de jeunes enfants. "Oui qu’ils viennent, mais quand ils seront plus grands, qu’ils viennent quand ils seront en âge d’être instruits, quand ils auront appris à connaître celui vers qui ils viennent Qu’ils deviennent chrétiens quand ils seront capables de connaître le Christ".  Ses arguments sont étonnamment modernes.

     A cette époque, le baptême était surtout celui des adultes qui se convertissaient au christianisme. Mais apparaît aussi que l’Eglise a toujours baptisé les petits enfants malgré des prises de position solitaire qui s’y opposaient. Il faut avoir conscience de ce fait de tradition.

      Au fond le baptême d'un nouveau-né est paradoxal : un acte de Dieu précède l'activité du baptisé. L'initiation des nouveaux-nés ne vise-t-elle pas plus à marquer que l'action de Dieu est première et que toute initiation lui revient ? Ce baptême nous convie à croire qu'en précédant l'avènement de notre liberté, Dieu ne la détruit pas mais la recrée. Quant au nouveau-né, son entrée dans l'Eglise témoigne de ce que l'action de Dieu n'est pas liée à notre degré de prise de conscience ni à nos capacités. Dieu agit de manière permanente et progressive, car il nous laisse le temps d'accueillir ses dons. Dans son humanité, comme dans l'ordre de la vie nouvelle qui commence et demande à grandir, l'enfant baptisé prend valeur symbolique par sa fragilité et son avenir ouvert.

     Le baptême des adultes et des enfants se caractérise par deux logiques différentes. Le catéchumène vit un chemin de conversion pour vivre d’une manière nouvelle à la suite du Christ et conduit par son Esprit. Le jeune enfant commence un itinéraire de croissance humaine et spirituelle. Car celui-ci ne sera pas dispensé de vivre un chemin de conversion personnelle à la foi, qui s’exprimera dans le temps à la mesure de sa maturation et de sa liberté grandissante. Ce que l’adulte accomplit et reçoit avant son baptême, l’enfant doit l’accomplir après son baptême et durant le temps de la catéchèse.

     Mais les parents ont-ils le droit de faire le choix du baptême à la place de leur enfant ? Cette question n’honore pas les conditions concrètes de l’éducation. Dans tous les domaines importants de l’existence, les parents sont obligé de choisir pour leur enfant ce qu’ils estiment être le meilleur pour sa vie. On n’attend pas pour envoyer un enfant à l’école qu’il en comprenne la nécessité. Toute éducation passe par le moment où l’enfant se voit imposer des conduites dont il n’est pas capable de juger le bien-fondé. Il est légitime et important que les parents veuillent transmettre le sens qu’il donne à la vie. La réception du baptême ne dispensera en rien de l’acte de liberté qui reviendra le moment venu à l’enfant, puis à l’adolescent, puis au jeune adulte.

     Dans cette perspective, il est facile de comprendre pourquoi l’Eglise insiste fortement sur l’engagement des parents à donner une éducation chrétienne à leur enfant, afin que le baptême ne reste pas sans lendemain. Demander le baptême d’un enfant revient inévitablement à se poser la question de sa propre foi.

   H.B                                                                                                                              

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